Aziliz Lécart : “J’ai besoin de saisir la valeur et le sens de mon travail pour m’engager”

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La casquette de la SNCF fermement en main, l’avenir va bon train pour Aziliz Lécart. Si l’étudiante a naturellement cherché sa voie, elle s’est fait la promesse de ne jamais rester à quai, à attendre passivement le prochain coup de sifflet « Je suis le mix d’une mère bretonne et d’un père auvergnat, deux régions à fort caractère ». Au moindre tracas d’aiguillage, à la moindre erreur d’orientation, la jeune femme se remet sur les rails et assure sa correspondance. Prouvant ainsi, avec allure, que sa volonté de fer est bel et bien calibrée pour les parcours à grandes vitesses.

Seuls sa sensibilité et l’austérité des chiffres freineront sa démarche assurée pour lui faire redoubler, puis abandonner, sa première scientifique : « J’avais déjà cette manie rebelle au lycée, celle de fuir tout aspect trop strict ou trop rigide ! », plaisante-t-elle. Dès l’obtention de son baccalauréat économique, Aziliz quittera Vichy et validera sa Licence 2 Économie Gestion à Clermont Ferrand « Je ne me sentais pas non plus à ma place. D’ailleurs, cette année, je l’ai aussi eue en redoublant. J’ai eu besoin de me recentrer et de partir tenter ma chance ailleurs. »

À Lyon. Cette ville qui l’appelle et lui réclame de suivre son cœur et ce compagnon, parti s’installer un an auparavant. Les sciences dures l’avaient jadis rebutée, les matières économie et gestion conquièrent sa passion. Résolue à tenter un nouveau départ, Aziliz s’inscrit à l’iaelyon en Licence 3 Management des Équipes, Qualité et Développement Durable. Sa candidature séduit, et pourtant la jeune femme manque de bagage pour accrocher le wagon. S’en suivra la déception d’apprendre qu’elle est acceptée dans cette formation, mais seulement en deuxième année : « J’avais déjà fait deux Licence 2, il était hors de question pour moi de refaire trois fois une deuxième année ! » Sa maturité parviendra finalement à balayer l’angoisse d’un « retard accumulé » et à la faire relativiser sur le temps que chacun gagne à s’être trouvé : « Et puis, je suis une grande enthousiaste ! Pour me mettre le moral dans les chaussettes ou me faire désespérer, il faut y aller ; je suis tenace ! » Rapidement accueillie à la SNCF pour son alternance, Aziliz aura la joie de signer, dès la fin de son stage, son contrat professionnel en tant qu’assistante santé et sécurité : « Tout le monde se soucie de sa sécurité, mais personne n’est spécialiste du sujet ! J’ai tapé dans le mile en étant spécialisée sécurité du personnel ; participer à ce que les situations s’améliorent et faire respecter les règles, c’est tout ce que j’aime ! » Une semaine à l’entreprise, une semaine à l’école, « deux vies à part » pour une même garde partagée : « Si tu fais une erreur lors de ta semaine au travail, tu as une semaine de cours pour y réfléchir avant d’y retourner. Pour moi, c’est l’école qui nous fait grandir et le métier qui nous teste » !

Dans l’opérationnel ou la stratégie, le principal moteur c’est le coeur

Il faut dire qu’Aziliz fut prompte à affûter sa conscience professionnelle. En témoigne son engagement – entendez : son dévouement – dans l’association Objectif GSE de l’École Universitaire de Gestion Innovante de l’iaelyon. Entrée en tant que simple membre bénévole, l’adepte de communication positive ne tardera pas à se faire remarquer. Brûlant l’étape chef d’unité, elle sera nommée chef du projet « Forum Entreprise ». L’occasion pour elle de contaminer les équipes avec son entrain tout en assurant le succès de différents évènements : « Dans l’opérationnel ou la stratégie, le principal moteur c’est le coeur ». Un coeur marqué par la disparition brutale de son « interlocutrice privilégiée » du bureau associatif ; un coeur qui, comme un hommage, lui donnera le courage d’endosser les responsabilités d’une Vice- Présidente : « Solène était diplomate, tolérante, extrêmement bienveillante… Je crois qu’on avait ça en commun. J’ai voulu entrer dans le bureau pour sauvegarder ce qu’elle avait fait. Au fond de moi, et aussi pour elle, j’ai senti que c’était un devoir de prendre cette place ». Reste à l’ex-redoublante d’apprendre à se dédoubler, des cours à la SNCF, de l’association à son rôle d’élue au conseil d’administration de l’iaelyon : « Là encore, j’ai accepté d’en faire partie car j’ai eu une révélation ; j’ai senti que c’était pour moi. J’avais envie de m’investir, de prendre part à la stratégie et de voir ce qui se joue pour tous les étudiants. Mais bon, je suis du genre à croire qu’en m’inscrivant en Développement Durable, je vais pouvoir sauver le monde. C’est tout moi, ça, le bien-être collectif, l’intérêt général…» révèle celle qui n’a pas choisi par hasard de travailler dans un service public. « Même si la maintenance de train est très opérationnelle, on sait qu’on rend service à un client. J’ai besoin de saisir la valeur et le sens de mon travail pour m’engager ».

Certains courent après le sens. D’autres, comme Aziliz, peuvent souffrir de cette faculté à toujours en trouver. Sa soeur jumelle lui souffle l’idée de devenir bénévole chez Handicap International ? Un passant lui propose de participer à une action caritative ? Une amie déménage ? Quoi qu’il arrive, Aziliz se porte volontaire : « Ah mais même si je dois participer à l’organisation d’un spectacle de danse, si tu me dis que c’est intéressant, que je peux passer du bon temps, ou simplement aider les gens, je vais le faire, et sans soucis d’égo. Quelle idée de s’arrêter au simple sens d’une tâche ? Tu ne prêtes pas ta main au Resto du coeur juste pour fournir des repas à des gens, sinon tu n’as qu’à être serveuse ! » Une sollicitude qu’elle résume avec la célèbre pensée de Gandhi : « Sois le changement que tu veux voir dans le monde. » Une volonté d’autonomie et une conscience acérée, qu’elle affirme aussi devoir à l’iaelyon, cet incubateur à développer des Hommes et des projets : « Beaucoup d’étudiants rêvent de finir leurs études et d’aller travailler. Moi, je ne me sens pas encore prête à quitter cette école. J’ai encore besoin de recevoir des critiques constructives et d’apprendre à voir plus loin », confesse-t-elle à l’aube de sa rentrée en Master 2.

Professionnellement, Aziliz veille peut-être à la sûreté des usagers, mais aujourd’hui la jeune femme de vingt quatre ans est décidée à avancer les yeux fermés pour abattre les barrières de sécurité dressées entre les Hommes : « C’est facile de réaliser que ton truc, ce sera le peinture ou la danse. C’est factuel ! Quand ce que tu aimes, c’est aider les autres, c’est tellement vaste que c’est dur à définir en soi. J’ai essayé de trouver une vraie passion, la photographie, le point de croix…Mais même s’il n y a pas de chemin tracé ou de métier fixe pour y aller, maintenant je sais que ma passion c’est les autres, et ça me suffit ». Et si elle va jusqu’à se décrire comme « une femme un peu effrontée » parfois inconsciente et surtout capable d’imprudence – « si on me dit de ne pas sortir d’une pièce, je vais le faire pour comprendre qu’il ne fallait pas sortir » – elle a toujours su que la vie devait se vivre sans écran de protection. Au grand désarroi de sa jumelle qu’elle prendrait presque plaisir à inquiéter, Aziliz envisage prochainement un saut en parachute et le tour complet de l’Amérique du Sud. Assurément, elle est restée fidèle à l’ancien slogan de l’entreprise ferroviaire où elle a débuté. En refusant de se laisser bercer par le train-train quotidien, elle conserve toujours « des idées d’avance ».

« think large » est le slogan de l’iaelyon, que vous évoque-t-il ?
« La nécessité de découvrir le monde et surtout de le comprendre ! »

Et s’il fallait faire le portrait de l’iaelyon ?
« Une femme qui a créé son monde autour d’elle ! Pionnière, audacieuse, aventurière, et qui tient à ses valeurs ! » »

© TRAFALGAR MAISON DE PORTRAITS – 2017

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