Hana Machkova : “Lyon est ma ville préférée au monde”

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Entre carrière et vie de famille, Hana Machkova refuse de choisir. Mariée depuis trente cinq ans et mère de deux grands enfants, celle qui a longtemps été capitaine de son équipe de volleyball, n’est pas du genre à cacher son attrait pour les postes à responsabilités. Une femme forte « mais pas dure du tout », s’empresse-t-elle de préciser. Car si le travail pourrait s’épuiser à tenter de la faire courber, il n’y a qu’un ennemi capable de la toucher : la méchanceté.

Fondatrice de l’Institut Franco-Tchèque de Gestion, membre de l’Académie diplomatique des affaires étrangères de Prague, présidente de la première Business School d’Europe de l’Est, dans le classement des « 25 Top Women » tchèques, Hana cumule des places de choix. Récemment, elle a même été faite Chevalier de la Légion d’Honneur. À l’Ambassade de France, d’autres seraient restés sans voix. Parce qu’elle est récompensée pour les liens universitaires crées entre la République Tchèque et la France, c’est dans sa langue natale et sa langue d’adoption qu’Hana, elle, décide de surprendre lors du discours de célébration : « C’est plutôt rare de ne pas faire appel à une traductrice. Ce jour-là, j’étais très émue d’associer les deux langues. Et puis, cette décoration, c’est le sommet de ma carrière. Après cela, on ne vise plus rien… ou peut-être le statut de grand-mère active ! », plaisante-t-elle.

C’est en avance qu’Hana est arrivée au rendez-vous matinal : « Dès que mon avion atterri ici, je me sens heureuse. Lyon est ma ville préférée au monde ». Elle s’y promène sur les quais, contemple son architecture, retrouve ses collègues à la Manufacture des tabacs, mais aussi, la langue de Molière, qu’elle pratique depuis l’âge de huit ans : « Mes parents étaient tous deux des intellectuels ; ils voulaient absolument que je fasse une école prestigieuse pour apprendre les langues étrangères ». Douée et extrêmement appliquée, elle a même gardé en mémoire ses premières comptines, qu’elle se met à chantonner en soufflant sur son café. Si la jeune femme, désireuse de travailler à l’international, se tournera vers l’Université Économique de Prague et consacrera ses travaux de recherche à l’analyse de l’économie québécoise, elle ne tardera pas à revenir à son premier amour : le français.

Dans cette dernière année d’études, son niveau et son assiduité sont remarqués ; un avenir de doctorante lui est proposé : « Ma famille regroupe quatorze professeurs et, comme depuis que je suis petite, je joue à l’institutrice, je me suis dit « pourquoi pas devenir professeur de français. » Le projet débute, mais il est quelque peu interrompu par les naissances successives de ses deux enfants : « Dans les pays de l’est, on est très « famille » et c’est obligatoire pour la femme de rester à la maison avec les enfants. Moi, même si j’étais très heureuse, je dois dire que ça m’a un peu attristée… J’ai donc demandé à pouvoir continuer à enseigner au moins une heure par semaine », explique fermement Hana. C’est lorsqu’elle apprend qu’elle a été choisie pour recevoir une bourse du gouvernement français et rejoindre l’EM Strasbourg afin d’y terminer ses travaux de recherches, que sa « vraie carrière » commence. « C’est la chance de ta vie ! Tu dois y aller », lui répètent parents et mari. Si Hana se sent encore jeune et craint l’éloignement, elle parle aujourd’hui de ce départ comme de son meilleur investissement. À son retour, toutes les portes lui sont ouvertes, et ses attaches avec la France, décuplées. Tout en enseignant le marketing au département du commerce international, Hana s’engage naturellement pour celle qui lui a tant donné : « Nulle part ailleurs on ne retrouve la force de la francophilie, moi je suis complètement francophile ! ».

Pour réussir il faut être optimiste, généreux et ne jamais perdre le sourire

De manière à renforcer les liens universitaires entre ce pays d’accueil et le sien, elle s’attelle à la fondation de l’Institut Franco-Tchèque de Gestion et impulse de nombreux partenariats à succès, semblables à celui de l’iaelyon : « À l’IFTG, nous apprenons les méthodes de gestion à la française. Aujourd’hui, j’espère que nous nous inspirons mutuellement, mais au départ je me suis beaucoup inspirée des partenaires. Notamment avec la mise en place du Master Management et Administration des Entreprises et du diplôme iaelyon à Prague », développe la membre de l’iaelyon International Advisory Board. Et parce qu’on n’arrête pas Hana Machkova, désormais, c’est en tant que première femme Présidente d’Université de son pays qu’elle entreprend de nouvelles réformes et assure la poursuite de ses engagements en faveur de l’international. Aujourd’hui en charge de sept cent professeurs, dont son fils Martin, diplômé de l’iaelyon, et de près de dix sept mille étudiants, elle ne parvient à cacher cette fierté que l’Université Économique de Prague envoie chaque année près de mille d’entre eux à l’étranger : « Mon papa, Doyen de la faculté d’éducation physique et entraîneur national de l’équipe tchèque de hockey sur glace, me disait toujours : “Hana, pour réussir il faut être optimiste, généreux et ne jamais perdre le sourire”. Mon succès est arrivé comme ça. Je crois que c’est vrai : quand on donne beaucoup, on reçoit. » Parce qu’il est sain de garder du temps pour soi, c’est à son fils Martin qu’Hana a confié le poste de Directeur exécutif de l’Institut Franco- Tchèque de Gestion.

Et, dans un soucis de rigueur, qu’après plus de trente années passées à enseigner, la Présidente d’Université, a finalement fait le choix d’arrêter : « Je suis très appliquée dans mes cours, et je me suis toujours dit que le jour où je n’aurai plus de temps pour me préparer parfaitement, je ferai une pause. Mais je reste une vraie bosseuse, et je me suis mise au défi d’écrire chaque mois un article lié à la gestion ou à l’économie pour la rubrique “Leader Voice” d’un journal tchèque. Mon fils me dit toujours que je travaille sans arrêt, mais comment faire autrement quand on adore ça ? », s’exclame-t-elle, avant de mesurer la chance qu’elle a amassée au fil des années. Une chance qu’elle doit à un mari « tolérant », à des parents qui l’ont poussée à apprendre le français, à cette bourse d’études du gouvernement français, evidemment, et plus généralement à ce pays qui lui a permis de partir se trouver : « Je dois tout à la France, absolument toute ma carrière ! » Mais parce que pour elle, la chance ne sera jamais affaire de miracle et réclamera toujours plus qu’un simple cache-cache, elle admet que sa réussite revient aussi à sa bonne étude et à son indétrônable volonté. « C’est seulement si on est capable de la voir et qu’on est prêt à la saisir que la chance nous trouve. Moi j’étais très prête » conclut-elle en rougissant, sans savoir qu’une fois de plus, Hana sème, en partant, un de ses beaux enseignements.

« think large » est le slogan de l’iaelyon, que vous évoque-t-il ?
« Dans le MBA, on est forcé de rencontrer des gens d’ailleurs, alors l’ouverture d’esprit, sans hésiter ! »

Et s’il fallait faire le portrait de l’iaelyon ?
« Une femme un tout petit peu bordélique, mais qui le sait. Une femme festive, joyeuse, qui connaît beaucoup de monde et surtout, qui réussit ! »

© TRAFALGAR MAISON DE PORTRAITS – 2017

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