Roger Monnami : « L’iaelyon a été une de mes révélations »

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Lorsqu’il se présente au Comptoir Lyonnais d’Electricité pour décrocher son premier emploi, Roger ignore encore que c’est à cette poignée de main sur le pas de l’entrée qu’il devra la toute première étincelle de son métier : « La vie est une aventure, il suffit parfois d’un seul choix qu’il ne faut pas rater ! » Parfois timide, mais jamais frileux, le « petit gars en culotte courte » se montre prêt à saluer sa chance et à saisir l’opportunité.

Et qu’importe qu’il soit encore novice dans le secteur de la distribution de matériel électrique, l’apprenti sait qu’à raison d’un investissement régulier, il pourra bientôt y voir clair dans son avenir : « Dès mon arrivée dans la société, j’ai fait toutes les tâches possibles, même le ménage et le rangement des produits dans les casiers. Petit à petit, je n’avais plus qu’une passion : le client ». Mais à l’époque, personne n’aurait pu prédire que ce temps passé à traverser la France dans une petite Renault 4L permettrait à l’ex « enfant terrible » de devenir commercial et surtout, Directeur Général : « Rien de tout cela n’était destiné. C’est un peu comme mes études. À l’angle du travail de mon père, il y avait une école de commerce… C’est par accident que je m’y suis dirigé ». Disons que, comme à son habitude, Roger a vu de la lumière, alors il est entré. Sa force de travail s’est faite au nombre de voitures « astiquées » au côté de son père garagiste ; quoi d’étonnant à ce que ces nouveaux outils alimentent le moteur de sa personnalité ? « Si on m’avait dit que moi, j’allais un jour diriger trois sociétés, bâtir un groupe, former des jeunes et les voir réussir partout… Jamais je n’aurais cru que ça me tomberait dessus ! Je suis à l’opposé du génie, mais je suis un besogneux, et je crois que c’est cela qui a toujours fait la différence ».

Après avoir passé trente-deux ans à la Direction Générale Sud-Est du groupe Sonepar et largement contribué à en faire le leader mondial de la distribution de matériel électrique, Roger n’a jamais cessé de croire aux signes et aux indices que la vie déposait : « Encore une fois, dans cette histoire, c’est le hasard qui a fait que je devienne actionnaire et que j’avance dans ma carrière. Moi, j’appelle cela la chance du Sagittaire… » Mais tout le monde sait bien qu’elle ne sourit qu’aux Audacieux. À ceux qui, même en multipliant les responsabilités, sont restés attentifs au battement du coeur et à la force imbattable de la sensibilité. À ces Hommes qui, comme lui, ont su rivaliser d’ingéniosité pour ramifier leurs compétences en restant fidèle à la toute première branche de leur métier : « L’époque est différente, mais d’expérience, les jeunes qui changent dix fois de job ne sont pas toujours ceux qui réussissent ». Et s’il en est encore plus convaincu aujourd’hui, c’est parce que de la création de sa propre société, HTE éclairage, à la fondation du Mat Électrique, en passant par La Fête des Lumières de Lyon, Roger a su entretenir la flamme de sa passion et se rappeler qu’elle n’était, jadis, qu’un tout petit lumignon : « Je suis fier d’avoir participé à ce que notre ville soit éclairée ! Partout où on éclaire, on voit le visage des gens heureux. Nous réussissons parce que nous sommes restés des affectifs, des marchands de bonheur ».

Tu te rends compte que tu éclaires le monde ?

Roger aussi croit « au miracle de la vie » et « lutte jusqu’au bout » pour ce en quoi il croit ; s’ils s’étaient croisés au-delà d’une table de chevet, Paulo Coelho aurait à coup sûr considéré l’homme et le dirigeant comme un de ces « guerriers de la lumière ». Un guerrier qui, pour dénicher lui-même les futurs ambassadeurs du métier, n’a pas hésité à rapprocher le monde de l’entreprise et celui de l’enseignement, et à faire que l’éclairage ait son tout premier établissement : « À l’époque de Sonepar, je ne pouvais pas embaucher de jeunes en électricité car aucune formation n’existait. J’avais la trouille car je ne connaissais pas ce monde-là, mais il fallait s’activer. Avec le Directeur de l’école Assomption Bellevue, nous avons donc lancé le premier BTS du secteur ». Une première mondiale qui permit à son ambition d’atteindre les bancs de l’enseignement supérieur et de mettre sur pied la licence professionnelle Conception et Management en Éclairage de l’iaelyon. Roger passe rapidement sur les quelques médisants qui ont tâché de faire planer des zones d’ombres sur son projet, mais se souvient avec émotion de l’aide précieuse qu’il a reçue de l’ancien Directeur de l’iaelyon : « Gilles Guyot est un battant. Ensemble, on s’est accroché car tout cela était tellement novateur qu’on nous disait qu’on allait simplement former de futurs chômeurs ! » Fort heureusement, plutôt que de pleurer dans les chaumières, les diplômés préféreront donner de leurs nouvelles depuis les cinq continents : « Un jour, en constatant le succès de la formation, j’ai dit à Jérôme Rive, l’actuel Directeur Général de l’iaelyon : ‘‘tu te rends compte que tu éclaires le monde ?’’ » conclut-il en riant.

Franc supporteur d’une jeunesse « débrouillarde » et « déterminée », Roger continue de mener sa lutte contre la passivité et le fatalisme et de tendre la main aux jeunes actifs qui n’auraient pas encore trouvé chaussure à leur pied : « Avant d’embaucher un jeune, je lui pose deux questions. Premièrement, ‘‘As-tu la bosse commerciale ?’’, deuxièmement, ‘‘As-tu une copine ? Si oui, préviens la que le métier d’éclairage se fait jour et nuit, et que personne ne monte sans se donner les moyens’’ ». La lumière de l’aube doit avoir ses bienfaits, car à bientôt quatre-vingts ans, Roger n’est toujours pas décidé à faire des économies sur sa consommation d’énergie. Lui préfère se lever à cinq heures chaque matin et s’assurer que son équipe ne manque jamais de croissants chauds et de café : « C’est parce que j’ai des racines de Saint-Amour (Jura), je suis un grand sensible ! » Et Roger de poursuivre : « On appelle cela du paternalisme. Dans le monde d’aujourd’hui, comme dans une entreprise, personne ne peut s’en sortir seul ». La technologie n’est d’ailleurs pas sa tasse de thé, car selon lui, l’accumulation d’écrans finit toujours par empêcher les individus de se rencontrer vraiment.

« think large » est le slogan de l’iaelyon, que vous évoque-t-il ?
« Le fait de penser le temps. Je suis dépassé par beaucoup de choses, et c’est vrai que ma génération n’est plus dans le coup. Mais je continue de me servir des outils, de me documenter, d’apprendre et de m’ouvrir à tout »

Et s’il fallait faire le portrait de l’iaelyon ?
« Je dirais que c’est une grande famille ! Dans la vie, on rencontre des personnes rares… Comme un bijou, une pierre précieuse ou un diamant. L’iaelyon a été une de mes révélations. »

© TRAFALGAR MAISON DE PORTRAITS – 2017

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