Quand la croissance externe dope les entreprises

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Dans une étude réalisée à la demande du groupe d’audit et d’expertise comptable Mazars, deux chercheurs montrent comment les opérations de croissance externe aident les PME à se transformer en ETI. Une quantification bienvenue.

Quel peut être l’effet du ra-chat d’entreprises sur le développement des PME, qui conduirait les plus dynamiques à se transformer en ETI ? C’est autour de cette question qu’Alain Marion, Professeur émérite en sciences économiques et Ludivine Chalençon, Maître de conférences en sciences de gestion, ont rendu à l’automne dernier leur étude pour le groupe Mazars.
 » Dans le cadre de ma thèse, j’avais travaillé sur les fusions-acquisitions des entreprises cotées, explique Ludivine Chalençon. En 2016, l’un de mes deux directeurs, Alain Marion, m’a proposé d’orienter mes recherches sur la croissance externe des PME et ETI. La difficulté des PME à se transformer en ETI est un thème sensible en France, sur le-quel il existe peu de données objectives. Chemin faisant, nous sommes entrés en lien avec Mazars qui accompagne justement les entreprises dans ce travail. C’était passionnant d’avoir un retour professionnel sur notre étude.  »

Décrire et expliquer les effets de ces opérations

Sur la même longueur d’onde, Pierre Beluze, associé commissaire aux comptes et expert-comptable chez Mazars, explique :  » Cette question est centrale dans mon activité. Je réalise l’évaluation et/ou l’audit d’une trentaine d’acquisitions par an. Mais nous avons be-soin d’une démarche scientifique pour décrire et expliquer les effets de ces opérations.  »
L’étude, qui s’intéressait à des PME dont l’investissement dans un rachat dépasse un million d’euros, montre que cette opération inscrit les entreprises dans une stratégie de croissance structurante : elle leur donne plus de poids, accélère leur développement et génère un besoin de ressources financières externes. Comme le remarque Alain Marion,

Une fois franchie la barrière psychologique d’une première croissance externe, les PME ont moins de réticences pour les sui-vantes.

Sur la période observée, en 2011-2015, les TPE étudiées multiplient en effet leur chiffre d’affaires par six, les petites entreprises par trois, et les PME par deux. En fin de période, un tiers des moyennes entreprises sont devenues des ETI réalisant un chiffre d’affaires de 77,7 millions d’euros, après avoir investi 6,5 millions d’euros dans la croissance externe. Le rachat a renforcé leurs ressources matérielles, financières et humaines.

Les hommes avant les chiffres

Pour nourrir cette « hypercroissance », les opérations de rachat s’appuient à 75 % sur des levées de capitaux propres. Mais selon Pierre Beluze, l’étude permet aussi d’appréhender les hommes au-de-là des chiffres : « Le chef d’entreprise est parfois un peu seul pour préparer une croissance externe. Il faut bien exploiter les chiffres pour border son plan de financement, mais aussi anticiper sur le plan humain, pour l’intégration de la société rachetée, la gestion des synergies et du temps. »
La collaboration entre les chercheurs et le groupe Mazars a noué un dialogue direct entre le monde académique et la vie de l’entreprise. « Nous parlons beau-coup de cette étude avec nos clients, note Pierre Beluze. Elle a vraiment mis en lumière notre travail. Et, intellectuellement, il y a un vrai plaisir à échanger… » Le plaisir se partage, car depuis la sortie de l’étude, en novembre 2018, Mazars a déjà organisé trois matinales, à Lyon, Lille et Besançon, pour la présenter à des chefs d’entreprise, en présence d’un des chercheurs.
« Ces réunions sont un excellent vecteur de communication pour des chercheurs en direction des professionnels, s’enthousiasme Ludivine Chalençon. Ce projet de recherche appliquée est idéal car s’il comporte une dominante académique forte, il trouve aussi un réel intérêt pratique pour les professionnels. Parallèlement, nous allons également publier d’autres éléments de nos recherches via des revues scientifiques, sur un mode plus classique. » Les deux se complètent.

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