Ludivine Chalençon : “Je suis un pur produit de cette école”

Par

Les échos aux premières questions s’avèrent empreints d’une laconique pudeur : peut-être Ludivine se demande-t-elle encore ce qui l’a poussée à accepter de se faire dresser le portrait. La jeune docteur sonde le terrain et avoue volontiers qu’elle « aime savoir où elle met les pieds ». Un préalable nécessaire pour relâcher la pression et la parole, une timidité relative quand on sait que la toute récente enseignante-chercheuse occupe une partie de ses semaines à brûler les planches des ‘amphis’. Le sillon tracé par Ludivine à l’iaelyon remonte à l’aube de son passage dans les études secondaires. Cette fidélité, même l’arithmétique n’aurait pu la nier : « Je suis un pur produit de cette école ; j’y ai passé onze années sur vingt-neuf ! ». Ici, les trajectoires filent droit et la consécration se monnaye à l’abnégation. Bienvenue dans les coulisses de l’iaelyon, là où les vocations appellent leurs prétendants avant même qu’ils ne découvrent la véritable nature de leurs aspirations.

Malgré le succès, Ludivine n’est pas une exception et démarre elle aussi en cherchant une réponse à la fameuse interrogation de Gilbert Bécaud, qui ne manque jamais de plonger les jeunes bacheliers dans l’introspection : « Et maintenant, que vais-je faire ? ». Pour cette « matheuse », c’est tout naturellement que l’appétit des chiffres se convertit en appétence pour les finances. Comme un carnaval, ses années de licence en éco-gestion défilent donc dans la joie et la bonne humeur, sans remise en question. Quand elle choisit un Master professionnel en finance, le but est clair mais les intentions plus troubles : « Je voulais garder le côté pratique pour travailler en entreprise, et en même temps l’enseignement m’a toujours titillée ». Au grand raout des cours à la carte, elle saisit l’occasion de faire un pas de côté en s’inscrivant à un module sur le travail de recherche « juste au cas où, histoire de voir à quoi ressemble le quotidien d’un enseignant à la fac ». Le petit écart devient bifurcation dès lors qu’il prouve à Ludivine que la recherche ne se cantonne pas à faire briller la chaise de son bureau : « Au début, j’ai suivi ce TD pour le côté enseignement, puis j’ai découvert le côté pratique et la recherche : je me suis laissée prendre au jeu ». Avant de se jeter à corps perdu dans la brousse universitaire, elle éprouve le besoin de donner encore un peu de concret aux flous persistants. Sa rencontre avec François Lantin, Maître de conférences en comptabilité, est le déclic qui désamorce le trac de la thèse : « Il m’a donné une vision juste, pragmatique et transparente de la vie d’une thésarde. Il a fini de me convaincre ».

On me charrie souvent sur ma capacité à maîtriser tous les plans de l’Université

Piles de lecture et lignes d’écriture, le travail de doctorant a tout l’attirail nécessaire pour terrasser les coriaces de la motivation. Des premiers pas intimidés à l’acharnement salvateur, Ludivine parvient à boucler sa thèse sur le management international en quatre ans, faisant « tomber les appréhensions les unes après les autres ». Et si le piège de la page blanche venait à se refermer sur son inspiration, la native de Haute-Savoie aurait très bien pu se ressourcer au bercail ; l’air montagnard remet généralement les idées en place. Mais il n’en fut rien. Ludivine avait déjà son refuge, celui pour lequel elle a développé « une relation affective » et dont le nom claque en un efficace sigle de trois voyelles : « J’ai écrit toute ma thèse à l’iaelyon ». D’ailleurs, elle connaît les moindres recoins tortueux de cette école, dont l’architecture signée Dédale a déjà martyrisé des générations d’élèves mal orientés : « On me charrie souvent sur ma capacité à maîtriser tous les plans de l’Université ». C’est pourtant sous l’influence de ses Directeurs de thèse, Ulrike Mayrhofer et Alain Marion, que Ludivine est arrachée à son rocher le temps de quelques voyages alliant l’utile à l’agréable : « J’ai fait un échange avec l‘Université de Charlotte, en Caroline du Nord et j’ai aussi passé six mois à l’UQAM de Montréal. J’ai pris goût à la rencontre avec d’autres cultures. Ça m’a permis de voir plus loin ». Plus large, diront certains.

Le 25 novembre 2014, dans l’une des salles de l’iaelyon, l’atmosphère prend un ton sentencieux tandis qu’un jury se prépare tranquillement à ce qu’il sait faire de mieux. Ce jour-là, il y a bien un coeur qui bat plus vite que les autres : « La soutenance, c’est un gros stress ! On a l’impression que des années de travail se jouent sur un après-midi ». Inutile de faire durer le suspense, la catastrophe redoutée n’aura pas lieu. Ludivine obtient un doctorat floqué d’une mention très honorable avec les félicitations du jury. Pour parachever cette réussite sans revers, l’Association des Responsables en Fusions-Acquisitions lui décerne même le prix de la meilleure thèse : « J’étais ravie, c’est vraiment la marque de la reconnaissance des professionnels ». Parce que l’iaelyon se débrouille toujours à ne pas laisser détaler les talents, elle propose à Ludivine de raccrocher le statut d’étudiant pour celui d’enseignant. Bien entendu, cette fin était elle aussi bien attendue. L’opportunité de prendre la place de ceux qui lui ont appris à marcher était trop belle pour la refuser : « C’est un travail passionnant parce que je reste au contact des entreprises, et que mes recherches permettent de nourrir mes enseignements. Il y a bien sûr les contraintes horaires, mais à part ça on a une liberté incroyable ». Une forme d’entrepreneuriat, les sources d’inquiétudes en moins. Parée à transmettre l’envie du métier, Ludivine a déjà fait sa première victime : « Mes années de thèse ont inspiré mon mari, qui s’est lancé dans l’aventure du doctorat en parallèle de son activité de fiscaliste ». Preuve de bravoure ou déclaration d’amour : à vous de choisir !

« think large » est le slogan de l’iaelyon, que vous évoque-t-il ?
« L’idée de s’ouvrir au monde, à l’international mais aussi en faisant preuve de flexibilité »

Et s’il fallait faire le portrait de l’iaelyon ?
« Un homme dynamique, voire hyperactif, avec des projets à foison ! »

© TRAFALGAR MAISON DE PORTRAITS – 2017

Laisser un commentaire