Adeline Bernard : « J’ai toujours besoin que ça bouge »

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À la sempiternelle question d’Hamlet, Adeline opposerait certainement une autre formulation : en être ou ne pas en être ? « L’inertie me fait peur ; il faut absolument que je sois dans l’action », ainsi répond celle qui préfère l’affairement à l’effacement. Avec son parcours sans détour et ses allers sans retours, cette apprentie navigatrice a su manier sa barre pour couper court aux tergiversations de jeunesse et aux dilemmes d’orientation.

Et si à vingt cinq ans son CV peine déjà à tenir sur une page, elle n’a d’excuse que le nombre de ses atouts. RH, Gestion, Finance, Adeline joue la transversalité et poursuit un but unique : la prise en charge. Mais trêve de bavardage, la nature impatiente de cette allergique à l’ennui, « réfléchie et fonceuse à la fois », nous fait savoir qu’il est grand temps d’entrer dans le vif du sujet ! Bien que la chance puisse être insolente, et le hasard, heureux, il n’est nul réconfort sans véritable effort. C’est pourquoi Adeline est déterminée à obtenir ses victoires à la sueur de son front : « J’ai eu une enfance tumultueuse et il fallait absolument garder la tête hors de l’eau. J’ai toujours accordé une grande place au mérite ». Baladée entre Nevers, Rochefort et Grenoble, la bonne élève fait des félicitations trimestrielles son étoile du berger pour s’orienter dans la tumulte de l’instabilité familiale. Suivant la route de l’éducation sans heurt et sans accroc, elle arrive très vite à la croisée des chemins où les écoles coûteuses disputent aux facs fauchées la promesse d’un avenir radieux. Le choix n’est pas toujours aisé mais, en quatre ans de voilier, la jeune femme a appris qu’il n’est jamais bon de tanguer et pratique donc ses décisions par prudentes incisions. Son penchant pour le monde de l’entreprise, son refus catégorique d’intégrer une école de commerce, et d’endosser un prêt étudiant, la décident à hisser haut. Cap vers Grenoble : elle rejoint l’équipage d’un IUT en Gestion des Entreprises. Une traversée de trois ans durant laquelle le moussaillon prend du galon et du plaisir : « L’IUT m’a énormément plu pour son côté “petite promo“ et le lien de proximité avec les autres étudiants », aime-t-elle se rappeler. Car si Adeline ne rechigne jamais à visser sa casquette de capitaine, elle n’envisage la réussite qu’au pluriel. Pour elle, les plus belles réussites sont toujours collectives : « Le plus important pour moi, c’est d’être bien entourée et de faire partie d’une équipe sur laquelle compter ».

Quand j’ai une idée en tête, il faut que ça aille vite et que tout le monde suive

Pour la suite de l’aventure, elle accoste à l’iaelyon, afin d’ajouter à son palmarès un Master Diagnostic des Entreprises. Évidemment, l’objectif est atteint et le diplôme tamponné sans forcer. Mais Adeline n’est pas le genre de marin à se laisser porter par les vents. Elle part volontiers explorer au-delà d’un chemin qui lui est tout tracé : « J’aime avoir la main et me sentir utile. J’ai toujours voulu m’investir dans une association ! » Entre la routine des études et la nécessité des jobs étudiants, elle trouve le temps de s’impliquer à l’iaelyon Junior Conseil. D’abord chargée d’étude, elle devient Présidente de l’association et se retrouve vite à la tête d’une petite équipe. Elle se fait alors reine de la conjugaison des verbes d’action. Manager, diriger, organiser, gérer : large champ lexical que celui de ses initiatives. Adeline a de quoi vexer les procrastinateurs à la détente facile et les glandeurs à l’ardeur délébile, car elle ne laisse jamais traîner ce qui peut être fait : « Quand j’ai une idée en tête, il faut que ça aille vite et que tout le monde suive. J’ai toujours besoin que ça bouge : un week-end sans rien de prévu me stresse beaucoup ! », s’exclame-t-elle, consciente que cette angoisse de la passivité ne manque pas d’agacer gentiment certains proches. Mais au sein de l’iaelyon Junior Conseil, cette envie d’agir grise toute la bande, qui décroche le prestigieux label Junior Entreprise au terme d’une équipée aussi sauvage qu’éprouvante : « Pour entrer dans la confédération, on a dû passer un oral face à un jury composé de Présidents d’entreprises. J’avais un trac incroyable, mais c’est finalement passé ! ».

Lorsque le rideau tombe sur les années d’étude, voici que l’excitation d’une pleine autonomie se mêle aux affres galériennes de la jeune lauréate. Malgré ses inquiétudes, Adeline fait taire son anxieuse nature, et réussit la prouesse de bondir du diplôme à l’emploi sans le crochet par le Pôle qui accueille à bras ouverts les nouveaux compétents sans tâche : « Quand j’ai su que j’étais embauchée, ça m’a enlevé un poids ». Chargée d’étude pour un cabinet d’audit et d’expert-comptable, Adeline fait parler sa connaissance des mécanismes entrepreneuriaux et aide les startups à convertir ambition bouillonnante en réalité exaltante. Si l’esprit est apaisé, le cœur n’y est pourtant pas. La jeune employée tourne vite en rond dans cette nouvelle vie active qui, pour elle, ne l’est pas assez : « J’avais l’impression de passer d’un dossier à un autre sans jamais vraiment me sentir impliquée dans le projet. J’ai besoin de travailler dans une équipe soudée avec une perspective commune ». Lasse d’accompagner, elle veut participer, bref elle veut en être ! Le ciel ne se fait jamais longtemps menaçant au-dessus de sa tête ; Adeline nous a appris par une chaleureuse missive sa récente embauche dans une PME familiale. Horizons éclaircis et vents favorables, les amarres semblent avoir été larguées pour cette quiétude tant convoitée : « Je trouve que la vie est toujours bien faite », confesse-t-elle… Et vogue le navire !

« think large » est le slogan de l’iaelyon, que vous évoque-t-il ?
« L’international, la curiosité et l’ouverture d’esprit. Il faut être ouvert au monde, avoir des compétences polyvalentes et ne jamais rester focalisé sur une seule fonction. »

Et s’il fallait faire le portrait de l’iaelyon ?
« Je dirais quelqu’un de grand… Un géant, c’est pas mal un géant. Un géant du savoir !»

© TRAFALGAR MAISON DE PORTRAITS – 2017

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